FUMOIRS
CES TOMBEAUX A CIEL OUVERT

Sous les tropiques, les lois seraient-elles faites pour être rangées aux placards ; sinon comment comprendre l’existence des fumoirs, lieux où des jeunes, espoir d’une nation, viennent s’enivrer de toutes sortes de drogue au vu et au su de tous ?

 

Selon une enquête de la commission de lutte contre le trafic de drogue des Nations Unies, 46% de la jeunesse en Afrique de l’Ouest est dépendante de la drogue. Au bord de la lagune Ebrié, les fumoirs poussent comme des champignons, leurs lieux de prédilection sont les quartiers précaires. Les communes  telles que Koumassi, Marcory,  Treichville  en  passant par  Adjamé (Bramokoté), Abobo et Yopougon pour ne citer que celles là, sont des cibles pour les marchands de la mort pour écouler leur marchandise. Aujourd’hui, des jeunes démunis et sans repère tombent dans le piége  des dealers, qui leur promettent monts et merveilles s’ils deviennent  des
revendeurs de haschich, de marijuana, d’héroïne et de cocaïne. C’est ainsi que pour arrondir sa bourse,  Isaac tente cette aventure à risque. Son rôle était de fournir la marchandise aux différents
fumoirs. Comme un coup de bâton magique, la vie du revendeur connaîtra un changement radical. De belles voitures  et des filles au beau plastique  sont  son quotidien. Les affaires marchent, jusqu’au jour ou il utilise l’argent de la vente de la drogue à d’autres fins. Ne pouvant  rembourser cette énorme somme, il préfère disparaître dans  la nature. Cette escampette ne durera que le temps  d’un feu de paille. Surpris dans sa fuite, Isaac porte
aujourd’hui les stigmates du courroux du dealer. Une joue balafrée et un corps couvert de cicatrices. Quant à Ober, les yeux rouge vif, et une haleine qui pue à mille lieux, il est un véritable accro des drogues dures. Pour avoir sa  dose, il est prêt à tout, et même à risquer sa vie. En échange de quelques billets de banque pour sceller notre amitié du jour, notre interlocuteur nous fait des confidences troublantes : “Sous l’effet de la drogue, j’ai commis des actes  abominables  qui hantent encore ma vie. Une fois,  j’ai battu ma mère à sang pour lui soutirer l’argent qui devait servir à la
popote du  mois à dessein de   m’acheter de la drogue. A cause de mon acte mes frères et sœurs  sont restés dans la faim pendant plusieurs jours. Et depuis lors,
je  ne suis plus retourné à la
maison. J’erre dans la rue comme un chien  à la recherche  de sensations fortes… Vieux père (s’adressant à votre serviteur) je veux arrêter, mais c’est plus fort que moi”.
Dans un passé récent, Hillary était une fille de rêve, promise à  un bel avenir. Mais elle a choisi le chemin tortueux de la vie et du gain facile. C’est au cours d’une sortie nocturne qu’elle rencontre A. John appelé dans le milieu  le boss, qui lui fait la proposition de transporter de la cocaïne d’un pays de l’Amérique latine en Côte d’Ivoire tous frais payés . Au sortir de là, promesse lui est faite de recevoir une forte somme, pour la persuader. Mais, Hillary sera épinglée à sa descente d’avion à l’Aéroport Félix Houphouët Boigny. Dans l’attente de son transfert dans un commissariat pour interrogatoire, un sachet contenant de l’héroïne va céder dans son ventre. Evanouie, elle sera de toute urgence transférée dans une clinique de la place. Sauvée in
extremis  par les médecins, elle ne connaîtra plus le bonheur de l’enfantement.  C’est le cœur serré et la voie sanglotante qu’elle nous raconte sa mésaventure.
Aujourd’hui, elle n’a que ses yeux pour pleurer, payant le prix de sa naïveté. Si l’on n’y prend garde ces fumoirs, tombeaux à ciel ouverts conduiront inexorablement la  jeunesse sur les sentiers de la mort. Mais entre-temps les marchands de la mort se frottent les mains en toute quiétude. Il faut, par tous les moyens, sauver cette jeunesse qui représente les bras valides de la nation.

Jean Dedieu

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